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11 octobre 2011
Sirine

Meyer & Mortimer

Dans la petite histoire du vêtement masculin, Savile Row a longtemps été considérée comme La Mecque du costume sur mesure, le nec plus ultra, le graal des hommes qui se voulaient élégants. Cette équation vaut encore pour nombre d’amateurs de bespoke. Reconnaissons toutefois que, par la « magie » d’internet, nous pouvons nous familiariser depuis quelques années avec de grands artisans-tailleurs italiens, français ou encore états-uniens, tout aussi méritants -voire plus parfois mais là n’est pas le sujet- que leurs confrères anglais.

A noter que nous parlons ici de la grande mesure, le bespoke, et non des charlatans employant abusivement les termes « sur mesure » qui, hélas, pullulent aujourd’hui comme des phthyraptères sur des crânes juvéniles, et trompent allègrement les gogos leur servant de clients.

Qu’est-ce que Savile Row au juste ?

C’est tout d’abord une rue, située dans le très chic quartier londonien de Mayfair, à quelques mètres de Regent Street d’un côté, de Picadilly Avenue de l’autre.

C’est aussi une appellation générique qui désigne le périmètre dans lequel ces maîtres-tailleurs sont installés, incluant évidemment la rue « Savile Row », et quelques rues adjacentes : Cork Street, St George’s Street, Sackville Street par exemple.

Notons qu’il existe d’excellents tailleurs dans d’autres quartiers de Londres, qui toutefois ne peuvent revendiquer le précieux sésame qu’est l’appellation « Savile Row ».

Que reste-t-il de la plus glorieuse époque du Row (dont nous situerons la fin approximativement au milieu des années 90 du siècle dernier, pour cause entre autres d’augmentation vertigineuse des loyers et d’apparition de nouvelles habitudes de consommation vestimentaire) ? Quelques grands noms historiques : Henry Poole, Gieves & Hawkes, Welsh & Jeffries, Huntsman, Dege & Skinner, Anderson & Sheppard (aujourd’hui la plus « hype » des vieilles maisons, longtemps le maverick de la troupe), et quelques autres maisons.

Parmi ces dernières, il est une enseigne discrète, sérieuse, qui fait la joie de ses clients, qu’ils ont envie de faire connaître et en même temps verraient peut-être d’un bon œil qu’elle demeure une sorte de secret bien gardé entre aficionados : Meyer & Mortimer.

L’origine de cette maison remonte au début du 19e siècle quand Jonathan Meyer, tailleur d’origine autrichienne installé à Londres, s’allie à Mortimer, tailleur écossais spécialisé dans le vêtement militaire qui exerçait dans le coin.

La boutique se trouve aujourd’hui au 6 Sackville Street, cette maison pouvant donc revendiquer le label « Savile Row ». Elle est d’ailleurs un des membres fondateurs de la Savile Row Bespoke Association.

Pour la petite histoire, Meyer était le tailleur du fameux dandy Brumell, qui y a d’ailleurs laissé une belle ardoise. Meyer est aussi considéré comme le créateur du pantalon moderne, tel que nous le portons encore aujourd’hui.

Les regroupements opérés au cours des années entre des tailleurs du Row ont amené deux autres maisons historiques, Jones Chalk & Dawson, et Ward & Kruger, à cohabiter avec Meyer & Mortimer. La boutique accueille aussi Sean O’Flynn, chemisier bespoke en vue depuis quelques années. Et l’étage au-dessus est occupé par Tom Brown, connu pour être notamment le tailleur d’Eton, la fameuse public school (qui est une école privée comme chacun sait).

A la manière d’autres vénérables enseignes du coin (tailleurs, chemisiers, bottiers etc.), on y respire une atmosphère surannée, un petit morceau d’histoire, un vécu, du vieillot diront d’obtus modernistes, bref un univers bien différent de celui du flagship londonien d’Abercrombie & Fitch, qui vend à quelques yards de là, en quantités industrielles et au prix du caviar, ses produits délicatement manufacturés par des petites mains chinoises, au grand dam de l’auguste confrérie des tailleurs du Row, qui faillit en avaler de travers ses butter cakes quand elle vit s’installer ce flagship plus proche du super-tanker que du clipper.

Le vêtement militaire étant plus ou moins à l’origine du costume moderne, la maison a depuis longtemps une tradition militaire (héritage de la partie « Mortimer »), notamment pour la famille royale, dont elle bénéficie du brevet pour ce type de vêtement. Plus exotique, elle bénéficie aussi du brevet du sultan de Brunei, dont les puissantes forces armées sont bien connues.

Au mur les classiques certificats et autres attestations de gens autrefois célèbres.

Une fois entré dans la boutique, on peut être accueilli par Paul Munday, le directeur, un homme sympathique et très à l’écoute de ses clients. Le style maison est un costume plutôt structuré, tradition militaire oblige, très anglais, pas tout à fait le drape cut cher à Anderson & Sheppard. Le pantalon est porté plutôt haut. Ils sont néanmoins parfaitement réceptifs à des demandes incongrues, telle qu’une veste à épaule naturelle, parfaitement réalisée, votre serviteur peut en témoigner.

Le choix de tissus est redoutable, tout comme celui des doublures.

Paul Munday présente l’avantage, pour les Français qui ne souhaitent pas traverser la Manche, de visiter Paris environ quatre fois par an, pour satisfaire sa clientèle française. Il descend toujours dans un hôtel proche de l’Etoile.

Meyer & Mortimer pratique des prix plutôt raisonnables pour du bespoke. Il faut compter environ 2.700 £ pour un costume 2 pièces. Prix à mettre en parallèle avec la faiblesse actuelle de la livre sterling.

Bref, si vous souhaitez tenter l’expérience de la grande mesure made in Savile Row, et vous mettre un instant dans la peau d’un gentleman anglais sans vous séparer d’un bras (encore que le costume vous coûterait moins cher …) et si, de plus, vous êtes un farouche anglophile pour qui tout ce qui est continental ne saurait être sérieusement considéré, Meyer & Mortimer est votre point d’entrée dans cet univers qui marie artisanat de qualité et haute tradition insulaire.

Voir en ligne : Le site de la maison