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19 novembre 2011
Sirine

Eloge du cardigan

Ou la mode et la guerre.

Outre le fait que, contrairement à leurs homologues français, les aristocrates anglais n’ont que rarement perdu la tête (du moins au sens propre), ils ont aussi la particularité d’avoir laissé leurs noms à quelques objets vestimentaires.

Ce n’est certes pas Lord Cardigan qui nous contredira, moins connu sous le nom de James Thomas Brudenell, 7e comte de Cardigan (1797-1868).

Deux faits d’armes doivent être portés à son crédit. En premier lieu, c’est ce monsieur à la moustache sévère et aux cheveux au vent qui mena la charge de la Brigade Légère à la bataille de Balaclava, lors de la guerre de Crimée (le 25 octobre 1854), charge menée si légèrement qu’elle coûta la vie à 107 de ses hommes. Ah, le panache !

Dans la version cinématographique de 1968, c’est le grand acteur anglais Trevor Howard (à droite sur la photo) qui interprète le rôle du guerrier.

En second lieu, et nous y voilà, il a laissé son nom au fameux pull boutonné, qu’il aurait porté lors de la guerre de Crimée. Et l’histoire nous raconte que, loin d’être vilipendé pour son « exploit » en terre de Russie, il fut accueilli en héros à son retour à Londres, et le fameux pull devint le dernier vêtement à la mode. Gloire à James Brudenell donc !

Et qu’en est-il de ce fameux pull alors ?

Rappelons quand même qu’icelui se boutonne devant, est généralement assorti de deux poches, et peut être avec ou sans manches. Pour ma part, j’aime qu’il soit bien ajusté, ni étriqué, ni trop large. Question de goût.

Bien entendu, il est rangé, par les obsédés du dress-code, dans la catégorie des vêtements « informels ». Ce que l’on peut traduire par « vêtement à porter à la maison (de campagne si possible) » ou bien par « vêtement à porter le week-end », mais jamais, au grand jamais, en semaine dans la journée.

Laissons donc ces petits esprits confits à leur manie du catalogue, et affirmons, haut et fort, que le cardigan peut se porter quand on veut !

Votre serviteur, vous l’aurez deviné, est un accro du cardigan. Il le porte sous un costume :

ou pas :

Mais rendons hommage à notre ami Fullb, excellent ambassadeur :

Alors, vêtement informel ? Ne nous arrêtons pas à cette manie du rangement étriqué. Admirons plutôt les grands hommes qui ont su porter le cardigan avec classe.

Harold Mc Millan (Premier Ministre anglais au début des années 60, pour les cancres) :

Le grand James Stewart (ici dans le film Harvey) :

Et le merveilleux Rex Harrison, dans le fameux My Fair Lady :

Ah, mais je sens déjà une pointe de sarcasme chez les plus jeunes : c’est un truc de papy. Jeunes innocents... Sachez, jeunes gens, que le cardigan est intergénérationnel. Et à la mode, pour ceux que ce sujet préoccupe. Et pas forcément uni. La preuve de tout cela en images :

Si vous l’aimez avec col châle, Cordings est votre ami :

Et sans manches, Cordings est encore votre ami :

Il se décline en lambswool (Woolovers, prix doux mais made in China), en mérinos (John Smedley, assez cher) et bien sûr en cachemire (Johnston of Elgin, me souffle Sherlock).

Toujours pas convaincus ?

On peut glisser quelques pièces (ou ce qu’on veut) dans les poches. On peut l’ouvrir s’il fait trop chaud (merci herr Roetzel). On le met et l’enlève sans se décoiffer (bis).
Si ces arguments imparables n’achèvent pas de vous convaincre, courez donc vous acheter un sweat à capuche à la place.

La prochaine fois, si vous êtes sages, nous vous parlerons (peut-être) de Lord Raglan, autre héros de la guerre de Crimée.