Categories

Accueil du site > Tenues > Ni costumes, ni chemises > Cravate et Origamie

23 décembre 2011
Le Monarque

Cravate et Origamie

Déclinaisons de cravates

Qu’est-ce qu’une cravate sept-plis ? Pourquoi ma cravate n’est pas doublée ? Qu’est-ce que la triplure ?...

Vous trouverez les réponses à ces questions existentielles et bien plus encore dans ce petit guide incomplet, imprécis, partial et subjectif au sujet de la construction de nos cravates.

Comment ça vous ne portez pas de cravate ? Dans ce cas vous êtes priés de quitter ce site, d’éteindre votre ordinateur et d’aller mettre une cravate (le polyester ne compte pas comme une vraie cravate, ni la cravate texane). Vous pourrez alors revenir et lire ces quelques lignes. Comme nous ne sommes pas racistes, les papillonneurs sont tolérés avec bienveillance.

Je vous vois venir, vous voulez directement aller au point relatif à la fameuse sept plis, toutefois je me dois de calmer cette fougue pourtant légitime... En effet, avant de disserter sur les différents types de cravate, il convient d’en répertorier les éléments. Bref, avant la cuisson, préparons les ingrédients, avant la charrue, les bœufs, et avant la poule l’œuf ! Car, ne nous voilons pas la face il y avait bien des œufs avant que n’existent ces chers gallinacés, la preuve, les dinosaures pondaient bien des œufs ! Mais je m’égare...

 Doublure, triplure et quadrature (?) de la cravate

De quoi est faite votre cravate ? Nous savons déjà qu’elle n’est pas en polyester (si c’est le cas, profitez d’un agréable feu de cheminée un soir d’automne pour l’y jeter, ce sera l’occasion de vous intoxiquer et d’intoxiquer votre famille avec les fumées dégagées, ça vous apprendra à porter des cravates en polyester), mais ce n’est pas tout.
En effet, classiquement, une cravate est composée de trois éléments principaux : une enveloppe, une doublure et une triplure.

L’enveloppe, est généralement de soie, mais elle peut aussi être en laine, en cachemire, en coton ou en lin, voire en un mélange de plusieurs de ces tissus. Il s’agit de la partie visible de la cravate, elle est sa peau.

La triplure est une pièce de feutre ou de laine (dans l’idéal) ou parfois de tissu synthétique (ce n’est pas de votre faute, vous ne pouviez pas le savoir) enveloppée dans... l’enveloppe ! C’est cette triplure qui confère à la cravate son volume, sa tenue, elle est sa colonne vertébrale, mais quelque part aussi son âme.

La doublure enfin se retrouve sur l’envers de la cravate au bout de ses pans. Elle est généralement faite du même tissu que l’enveloppe, ou d’un tissu complémentaire. La doublure, comme pour une veste, permet de finir proprement la cravate, elle recouvre de façon élégante l’envers du décor, de même que le capot d’une voiture en dissimule la mécanique.

triplée non doublée
Une cravate non doublée laissant entrevoir sans pudeur sa triplure

Les plus érudits d’entre vous savent déjà que toutes les cravates ne reprennent pas forcément ce modèle. Certaines ne sont pas doublées, et d’autres encore ne sont ni doublées ni triplées. Dans ces derniers cas, il sera fait un ourlet aux extrémités afin de terminer proprement la cravate. Comme en matière de pochette, les esthètes préfèreront l’élégance nonchalante apportée par un roulottage à la main à une couture machine sans grande âme...


endroit et envers d’un joli roulottage des familles

 Des plis ? Vous avez dit des plis ?

Vous l’aurez remarqué, une cravate n’est pas le simple fruit de l’assemblage des trois pièces qui viennent de vous être présentées. En effet, une fois ces pièces cousues les unes aux autres, l’enveloppe est pliée sur elle même un certain nombre de fois. Dans leur majorité, les cravates sont pliées trois fois, comme sur l’exemple ci dessous :


Une trois plis un peu spéciale

Un cran au dessus dans le raffinement, le nombre de plis est doublé, nous obtenons alors une cravate « six plis », qui est, par abus de langage, dénommée « sept plis ». Il s’agit d’un type de construction bien moins fréquent que la classique à trois plis. Amator nous en fournit un très bel exemple de chez E.G. Cappelli :

La vraie sept plis, celle qui vous fait rêver, vous rend plus beau, est autrement plus rare, et désirable. Vous pouvez compter, la cravate est pliée 7 fois :

Enfin certains fabricants poussent le vice entre neuf et douze plis ! Ceci relève de la prouesse technique :

Avant de conclure sur ce point, il faut souligner que la présence de doublure ou de triplure est indépendante du nombre nombre de plis. Il existe des cravates à trois plis non doublées et non triplées alors que certaines sept-plis sont doublées et triplées. Ces éléments ne sont pas liés.

 Quelques éléments subjectifs d'appréciation

Félicitations, vous savez maintenant comment comment peut se faire une cravate. A vous maintenant de mettre en œuvre ce savoir-faire lors de vos prochains achats !

Comment-ça ? Vous voulez savoir ce qu’en pense le Monarque ?

Une bonne cravate n’est pas forcément une six ou sept plis, et vice-versa. La qualité de la cravate réside dans sa réalisation, dans la qualité des matériaux et des finitions. Mais alors, pourquoi préferer une sept plis à une trois plis ? Pour une cravate sept plis, plus de tissu est utilisé, la cravate est donc plus dense, plus lourde, elle tombe mieux. De plus, la présence des plis permet de ne pas nécessiter de triplure et de doublure, la cravate est alors plus fluide, tout en conservant une densité qui lui permet de bien tomber. Enfin, l’absence de doublure permet un délicieux roulottage conférant une certaine irrégularité à la pointe de votre cravate.
Les ignares penseront y voir un défaut, vous les laisserez croire, tout en sachant profiter égoïstement de ce raffinement.