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9 octobre 2011
Sirine

Le tassel loafer (ou mocassins à pampilles)

Il fut un temps où les Etats-Unis pouvaient s’enorgueillir de posséder de nombreuses enseignes proposant souvent des souliers d’une qualité remarquable : Nettleton, Florsheim, Alden, Bostonian etc.

Certains modèles aujourd’hui fréquemment portés ont même été créés outre-Atlantique. C’est le cas du tassel loafer, appelé dans nos contrées le mocassin à pampilles, et plus vulgairement le mocassin à glands.

Ce mocassin, grand classique d’un certain dress code BCBG en France, est une création assez récente, qui remonte à 1948. Celle-ci trouve son origine dans la démarche d’un acteur américain d’origine hongroise, relativement coté à l’époque, Paul Lukas, qui a connu une assez jolie carrière à Hollywood, ayant notamment tourné dans un bon Hitchcock d’avant-guerre (The Lady Vanishes), et ayant même été récompensé d’un Oscar en 1943.

En 1948, il rentre d’Europe avec une paire de richelieus dotés de pampilles au bout des lacets. Il apporte la paire à un bottier new-yorkais en vue de de faire faire un modèle similaire, mais avec les lacets à pampilles disposés autrement. Le résultat ne lui convient pas au niveau du confort. Il confie alors chaque chaussure à deux bottiers différents en vue de créer un modèle amélioré. C’est alors que chacun des bottiers fait appel à Alden, qui redessine complètement le soulier, et incorpore le lacet en cuir et les pampilles sur un mocassin, sur un forme d’un plus grand confort. On est ainsi passé d’un richelieu à un mocassin, où le lacet agrémenté des pampilles n’est plus qu’un élément décoratif.

Alden semble réaliser qu’il y a un marché pour un soulier à la fois confortable, casual et élégant. Il fait encore évoluer le patronage jusqu’à satisfaction, et la production démarre en 1950. Bingo, succès immédiat pour le modèle que l’on connaît bien :

En 1952, il est proposé dans une vingtaine de patines différentes, en box ou en cordovan, notamment bordeaux (le nec plus ultra du modèle).

En 1957, Brooks Brothers veut ajouter le modèle à sa collection et demande à Alden de le lui fabriquer, ce qui va être fait mais avec un détail spécifique pour Brooks Brothers. En effet, le modèle classique Alden dispose de contreforts lisses avec juste une pièce de cuir à l’arrière :

Le modèle Brooks va disposer d’une pièce sur les contreforts que l’on peut voir sur cette photo :

Voici donc le soulier qui est devenu un des emblèmes du style Ivy, avec entre autres le chino et la chemise à col boutonné. Il a notamment été adopté par les avocats et lobbyistes américains, ce qui a abouti à la création d’une expression un peu dédaigneuse : to be « tasseled loafer », qui désigne justement ces hommes de pouvoir.

Aujourd’hui tous les bottiers dignes de ce nom en propose une ou plusieurs versions, comme :

La version estivale spectator :

Le bout golf :

Avec le lacet tressé :

Ou cette version délicate créée par Cleverley pour le baron de Rede :

Adopté par quelques célébrités, comme le duc de Windsor :

Il ne dépare pas un costume, n’en déplaise à quelques ayatollahs :
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P.-S.

Pour plus de littérature sur le sujet, n’hésitez pas à rechercher des écrits de G. Bruce Boyer, la référence de l’élégance Ivy.